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Séminaire 2001-2002 : « Faiblesses et dérives de la démocratie »

Après l’attentat du 11 septembre et l’émotion qu’il a suscitée, dans cette année riche en polémiques politiques de toute sorte, le séminaire de Politique Autrement se propose de prendre du recul pour examiner de plus près la situation des sociétés démocratiques aujourd’hui.
Les droits de l’homme, l’État de droit protégeant les personnes et les biens, permettant la liberté d’expression individuelle et collective, l’élection au suffrage universel, la distinction de la société et l’État… constituent des acquis démocratiques essentiels qu’il s’agit de défendre contre toutes les formes de fanatisme et d’intégrisme. Mais les sociétés développées ne s’en trouvent pas moins aujourd’hui confrontées à des faiblesses et des dérives internes qui érodent leur dynamique démocratique.
Au plan intérieur, la politique demeure centrée sur des problèmes de gestion économico-sociale sans vision structurée et véritable projet d’avenir. Les politiques « surfent » sur une « demande sociale » qui semble de plus en plus difficile à cerner. Gestion et démagogie coexistent dans une société qui semble s’être déconnectée de l’histoire et peine à retrouver une dynamique. Et alors que les médias pourraient être un outil central permettant d’éclairer les citoyens sur les grandes questions qui déterminent notre présent et notre avenir commun, ils versent trop souvent dans le superficiel et le spectaculaire.
Les sociétés démocratiques européennes sont marquées par l’expérience des totalitarismes. Elles ont le plus grand mal à accepter l’ambivalence de leur histoire et à dégager clairement les acquis de leur héritage. Dans le même temps, au sein de la société, le soupçon systématique vis-à-vis des institutions et de tout ce qui, de près ou de loin, rappelle un principe quelconque d’autorité, s’est développé. Il existe également un sentiment d’insécurité, un mal être existentiel et social diffus dont témoignent la forte consommation d’anxiolytique et le développement de la consommation des drogues.
Comment comprendre ces faiblesses et ces dérives de la démocratie ? Comment en est-on arrivé là ? Sommes-nous entrés dans une nouvelle étape historique des sociétés démocratiques ? Quelles sont les conditions d’un renouveau ?
Telles sont les principales questions que ce séminaire se propose d’éclairer par un retour aux sources et des exposés suivis de débats. Plutôt que de faire appel à une multitude d’intervenants, nous nous en sommes tenus volontairement à un nombre limité d’interventions et de séances, en veillant à la qualité des contenus et en laissant une place au débat.

Programme-Séances

  • « Dérives et faiblesses de la démocratie ». Cette première séance vise à fournir les connaissances de base sur la question des faiblesses et dérives possibles de la démocratie à partir de la lecture d’extraits de textes classiques : Alexis de Tocqueville sur le despotisme démocratique et Benjamin Constant sur la liberté des anciens et des modernes.
  • La démocratie peut-elle vivre dans le soupçon et la démystification généralisée ? par Jacques Dewitte, philosophe. Comment éviter l’impasse d’une posture du soupçon généralisé sans renoncer à l’exigence critique consistant à dévoiler les mensonges et les manipulations idéologiques ? Comment maintenir la possibilité de convictions sensées dans l’espace public, sans que celles-ci soient immédiatement rattachées à des intérêts cachés ou à des motivations inconscientes ?
  • « Quelle qualité du débat public dans les grands médias ? » , par Jean-Marie Cavada, président de Radio-France. Comment expliquer la dégradation du débat public dans l’audiovisuel ? La concurrence acharnée que se livrent les différentes stations et chaînes de télévision peut-elle suffire pour expliquer un tel phénomène ? Quelles sont les conditions à mettre en place pour que puissent avoir lieu des débats de qualité sur les grandes questions de la cité ?
  • « Comment comprendre le mal-être existentiel et social existant aujourd’hui dans les démocraties ? » par Jean-Pierre Le Goff, sociologue, auteur de La démocratie post-totalitaire, éditions La Découverte (janvier 2002). La « dictature des marchés » et l’idéologie libérale peuvent-ils suffire pour en rendre compte ? L’idéologie de la modernisation et l’insignifiance ne sont-ils pas au cœur du mal-être existant ? Quel rapport les sociétés démocratiques européennes entretient-elles avec leur héritage politique et culturel après l’expérience des totalitarismes passés ?
  • « Quelle participation des citoyens dans les affaires de la cité ? » Débat avec Alain Caillé, directeur de la revue du MAUSS (mouvement anti-utilitariste dans les sciences sociales) et Jean-Pierre Le Goff, président du club Politique Autrement.
    Comment peut se concrétiser, dans les conditions des sociétés modernes, l’implication des citoyens dans les débats portant sur les grands choix et les orientations politiques ? Quel peut être le rôle des associations, des clubs de réflexion, des revues et des médias ?

Séminaire 2002-2003 : « Quelle transmission de l’héritage ? » (1)

Nous avons le sentiment que la mutation qui s’opère dans les sociétés démocratiques n’est pas une simple parenthèse conjoncturelle, mais qu’elle met en jeu les repères qui ont structuré une façon de vivre, de débattre et d’agir ensemble, entraînant une crise de la transmission. Les années soixante et soixante-dix ont été marquées par une contestation des figures traditionnelles de l’autorité et de la culture humaniste et religieuse héritée. Qu’en est-il aujourd’hui de ces figures traditionnelles et de cette culture ? Comment concevoir leur transmission si nous ne savons plus quoi retenir du passé ? 
Dans une telle situation, le débat culturel et politique est souvent enfermé dans un faux dilemme : la perte de tout sens critique face aux évolutions ou le repli nostalgique sur un passé idéalisé.
D’un côté, l’ampleur et la vitesse des évolutions dans tous les domaines (scientifiques, technologiques, économiques, sociaux et culturels…) paraissent telles que le passé semble définitivement révolu et toute tentative pour s’en inspirer obsolète ou « ringarde ». 
De l’autre, il existe un intérêt social multiforme pour l’histoire qui n’est pas exempt de nostalgie, comme si la société tenait à garder en mémoire et vénérer « ce monde que nous avons perdu ». Entre le repli nostalgique sur le passé et la fuite en avant moderniste, comment renouer un lien avec le passé qui permette de tracer un avenir discernable porteur d’espérance ?
Notre culture démocratique est marquée par un questionnement constant et une capacité critique qui fait que tout peut être examiné et discuté à la lumière de la raison, mais ce questionnement n’implique pas le dénigrement et la mésestime de soi. La culture humaniste et démocratique a été bouleversée par la barbarie des guerres mondiales, des guerres coloniales, des génocides et des totalitarismes. Ces réalités font partie de la face sombre de notre histoire et elles ont entraîné un profond scepticisme quant aux capacités émancipatrices de notre culture. Mais à l’échelle de l’histoire humaine, aucune civilisation, aucun peuple ne peuvent revendiquer un blanc seing et il importe de savoir à quoi l’on tient dans l’héritage qui nous a été légué tant bien que mal au fil des générations.

Programme-Séances

  • « Quel rapport à l’histoire ? » Cette première séance vise à mieux connaître les conceptions de différents auteurs concernant le rapport à l’histoire et la façon dont cette question se pose aujourd’hui. Dans ce cadre, on procédera à une lecture et à un débat autour d’extraits de textes de Nietzsche, Hannah Arendt, Paul Ricoeur et de l’historien Pierre Nora.
  • « Quelle nouvelle figure de l’autorité ? » Quels sont les effets de l’effacement de la figure du père et du développement du modèle matriarcal dans la transmission du symbolique ? Par Michel Schneider, psychanalyste, ancien directeur de la musique et de la danse au ministère de la culture, auteur de Big Mother. Psychopathologie de la vie quotidienne, édit. Odile Jacob.
  • « École : crise de la transmission et culture commune ». La crise de la transmission à l’école est-elle une simple affaire de méthode ? Quelle culture commune voulons-nous que l’école transmettre ? Par Marie-Claude Blais, maître de conférences en sciences de l’éducation, auteur de Au principe de la République. Le cas Renouvier, édit. Gallimard, et, de Pour une philosophie de l’éducation. Six questions pour aujourd’hui, avec Marcel Gauchet et Dominique Ottavi, édit. Bayard.
  • « Héritage religieux et démocratie ». Quelle place donner aux religions dans la transmission de l’héritage culturel ? Quel apport spécifique du christianisme ? Quelle conception nouvelle de la laïcité ? Par Marcel Gauchet et Paul Valadier. Marcel Gauchet, philosophe, secrétaire de la revue Le Débat, est notamment l’auteur de Le désenchantement du monde, de La religion dans la démocratie et de La démocratie contre elle-même aux éditions Gallimard. Paul Valadier, jésuite, professeur de philosophie au centre Sèvres à Paris, directeur de la revue Archives de philosophie, est notamment l’auteur de Un christianisme d’avenir, de Morale en désordre. Un plaidoyer pour l’homme aux éditions du Seuil et de Nietzsche l’intempestif aux éditions Beauchesne.

Séminaire 2003-2004 : « Quelle transmission de l’héritage ? » (2)

II. La part critique et sauvage

Durant le siècle dernier, les figures traditionnelles de l’autorité, de la culture humaniste et religieuse occidentale se sont trouvées confrontées à une critique radicale qui représente, qu’on le veuille ou non, une autre part de notre culture qu’on ne saurait sous-estimer. Le nihilisme, la révolte sauvage, la passion et l’utopie révolutionnaire ont marqué le siècle dernier en Europe et dans le monde. La critique ne s’est pas seulement élevée contre l’hypocrisie et le moralisme, contre les injustices sociales, le colonialisme et les guerres mondiales. Elle s’est également portée contre l’humanisme, la morale et la religion en les rendant directement responsables des barbaries et des malheurs du monde. Les figures de l’artiste et de l’intellectuel en révolte contre l’ordre établi ont croisé celle du militant révolutionnaire en appelant à faire table rase du passé et à reconstruire une humanité nouvelle. La critique du totalitarisme a montré les effets dévastateurs d’une telle perspective. Mais peut-on dire pour autant que les leçons en aient été véritablement tirées ? Si la conception d’une histoire en marche vers une société et une humanité réconciliée avec elle-même a fait long feu, les figures de la révolte et de l’artiste maudit, l’idée d’un monde en rupture radicale avec l’existant ont-elles pour autant disparu ? Quelles en sont les formes nouvelles ?
Poursuivant la réflexion entamée l’an dernier, il nous a donc semblé important : 
 

  • de mieux cerner la part critique et sauvage de notre héritage, 
  • de s’interroger sur la persistance et les formes qu’elle peut prendre aujourd’hui, 
  • d’en tirer les leçons du point de vue de la culture humaniste et de la morale. 

Nous proposons d’examiner plus particulièrement deux grands acteurs de la révolte artistique et intellectuelle : le mouvement surréaliste et Georges Bataille. Le surréalisme entendait « changer la vie » et « réconcilier Marx et Rimbaud » ; la pensée de Georges Bataille accorde quant à elle une place décisive à l’expérience de la transgression et de la démesure, reconnaît le mal et la barbarie comme constitutifs de l’humain. Chacun à leur manière, ces deux courants de pensée ont rencontré la politique dans une optique révolutionnaire qui a mené à l’impasse. Leurs idées n’en ont pas moins été transmises sous des formes banalisées et il importe d’en repérer les traces jusqu’à aujourd’hui. L’analyse et la prise en compte de cette part critique et sauvage de notre héritage devraient permettre d’éclairer la question qui est au cœur de notre réflexion : quel humanisme et quelle morale pour notre temps ?

Programme-Séances

Samedi 15 novembre : « Quelles critiques de la morale et de la culture ? » Cette première séance vise à mieux connaître les critiques portées sur la morale et la culture humaniste par différents auteurs. Dans ce cadre, on procédera à une lecture et à un débat autour d’extraits de textes de Nietzsche, du dadaïsme et du surréalisme, de Georges Bataille, de Trotsky.

  • Samedi 13 décembre : « De l’idéologie du surréalisme et de ses conséquences sur la société », par Jean Clair, conservateur général du patrimoine et directeur du musée Picasso à Paris. Il est notamment l’auteur de Du surréalisme considéré dans ses rapports au totalitarisme et aux tables tournantes, édit. Mille et une nuits, 2003, La responsabilité de l’artiste. Les Avant-gardes entre terreur et raison, Gallimard, 1997.
  • Samedi 17 janvier : « La politique de l’impossible : désir de révolution et part maudite chez Georges Bataille » par Jean-Michel Besnier, professeur à l’université Paris-IV, auteur notamment de La politique de l’impossible. L’intellectuel entre révolte et engagement, édit. La Découverte, 1988, et de Éloge de l’irrespect et autres écrits sur Georges Bataille, édit. Descartes et Cie, 1998.
  • Samedi 7 février : « Pour une nouvelle morale laïque » par Jean Baubérot, professeur à l’École pratique des hautes études, directeur du groupe de sociologie des religions et de la laïcité (CNRS-EPHE), auteur, entre autres, de La Morale laïque contre l’ordre moral, édit. du Seuil, 1997, et Vers un nouveau pacte laïque, édit. du Seuil, 1990.
  • Samedi 6 mars : « Épuisement historique et renouvellement des figures de la révolte et de la révolution ? » par Jean-Pierre Le Goff, auteur notamment de Mai 68 l’héritage impossible, édit. La Découverte, 1998 et de La démocratie post-totalitaire, édit. La Découverte, 2003.
  • Samedi 3 avril : « Quelles leçons tirer de cet héritage critique ? Quel humanisme pour notre temps ? » Bilan du séminaire et débat.

Lectures recommandées

Surréalisme

  • André Breton, Manifestes du surréalisme (1924 et 1930), Folio-actuel 1995.
  • André Breton, Point du jour, (1934), Idées-Gallimard 1970.
  • Jean Clair, Du surréalisme considéré dans ses rapports au totalitarisme et aux tables tournantes, édit. Mille et une nuits, 2003.
  • Jean Clair, « Sur Marcel Duchamp et la fin de l’art », Gallimard, 2000.
  • Jean Clair, La responsabilité de l’artiste. Les Avant-gardes entre terreur et raison, Gallimard, 1997.
  • Voir aussi Régis Debray, L’honneur des funambules. Réponse à Jean Clair sur le surréalisme, L’Échoppe, 2003.

Georges Bataille

  • Georges Bataille, La littérature et le mal (1957), Folio-essais 1990.
  • Georges Bataille, L’érotisme (1957), éditions de Minuit 1995.
  • Jean-Michel Besnier, La politique de l’impossible. L’intellectuel entre révolte et engagement, La Découverte, 1988.
  • Jean-Michel Besnier, Éloge de l’irrespect et autres écrits sur Georges Bataille, Descartes et Cie, 1998.
  • Voir aussi de Jean-Michel Besnier, L’humanisme déchiré, Descartes et Cie, 1993.

Morale laïque

  • Jean Baubérot, Histoire de la laïcité française, PUF, 2000.
  • Marie-Claude Blais, Au principe de la République. Le cas Renouvier, Gallimard, 2000.
  • Jean Baubérot, La Morale laïque contre l’ordre moral, Seuil, 1997.
  • Jean Baubérot, Michel Morineau, Vers un nouveau pacte laïque, Seuil, 1990.

Mai 68 et « mouvement social »

  • Raoul Vaneigem, Traité du savoir-vivre à l’usage des jeunes générations (1967), Folio-actuel, 1992.
  • Guy Debord, La société du spectacle, (1967), Champ Libre, 1971.
  • Nous sommes en marche, Manifeste d’action Censier, Seuil, 1968.
  • Jean-Pierre Le Goff, Mai 68 l’héritage impossible, La Découverte, édit. 2003 avec Postface.
  • Jean-Pierre Le Goff, La démocratie post-totalitaire, édit. La Découverte, 2003.
  • Voir aussi Jean-Pierre Le Goff, « Hypothèses pour comprendre le chaos ambiant », Le Débat, n° 126, septembre-octobre 2003, « Permanence et métamorphoses du trotskisme », dans Études, décembre 2003.

Séminaire 2004-2005 : « Quelle transmission de l’héritage ? » (

III. Quel lien entre les générations ?

La question du lien générationnel est au cœur du problème de la transmission et il importe de mieux cerner ce qu’il en advient dans les sociétés développées. Au sein des couples, des familles traditionnelles ou « recomposées », nombre de parents comprennent mal la nouvelle mentalité des enfants et des adolescents. Ce phénomène se retrouve à l’école où les enseignants éprouvent des difficultés à transmettre une culture commune aux jeunes générations. Dans les syndicats et les associations, la moyenne d’âge est souvent élevée et il est difficile de trouver de nouveaux militants. C’est une mémoire et un imaginaire passés qui semblent aujourd’hui devenus obsolètes. Autant de phénomènes qui méritent d’être compris si l’on entend sortir du discours nostalgique sur le « bon vieux temps » ou de la « démagogie jeunes ».
Les difficultés entre générations ne sont pas nouvelles, mais il importe de saisir les éléments nouveaux de la situation. 
 Tout d’abord qu’en est-il de la famille qui, avec l’école, est un lieu essentiel de la transmission ? L’explosion de la demande dans le domaine de la psychologie et de la psychiatrie n’est pas étrangère au mal-être dans les rapports familiaux. 1 couple sur 3 divorce, près d’1 enfant sur 2 naît hors mariage, les familles dites « recomposées » sont de plus en plus nombreuses… Quels sont les effets de cette situation sur le rapport de filiation qui inscrit l’individu dans une appartenance et une lignée familiale ? 
 Si l’adolescence est une période de crise, la « plus délicate des transitions » (Victor Hugo), comment cette période est-elle vécue aujourd’hui ? Avec l’érosion des repères symboliques de l’autorité traditionnelle et les difficultés des adultes à se repérer dans un monde en plein bouleversement, quel héritage culturel les adolescents reçoivent-ils des adultes ? La crise de l’adolescence n’est-elle pas amenée à prendre des formes nouvelles qui peuvent déboucher sur des formes inédites de pathologies, d’incivilité et/ou de violence individuelle ?
 Envisagée sous l’angle social et historique, une génération se délimite par une mémoire collective faite de souvenirs, d’émotions et d’expériences partagées liés à une période particulière de l’histoire. Quelles différences existe-t-il du point de vue de la mentalité, de la participation à la vie sociale et politique… entre les générations qui ont connu la guerre, celle des baby-boomers qui a connu directement Mai 68 et les jeunes d’aujourd’hui ? 
Ce séminaire entend ainsi apporter des éléments de réflexion sur la nature des changements culturels que nous vivons : avons-nous affaire à une période de crise et de soubresaut au sein de notre modernité ou assistons-nous à une mutation anthropologique plus fondamentale ?

PROGRAMME-SÉANCES

Samedi 13 novembre : Quelle évolution du lien générationnel ? 
Lectures et débat
Cette première séance vise à mieux connaître un certain nombre de données, d’analyses et d’interprétations concernant la famille et les mœurs, les évolutions des mentalités et des comportements entre générations. Pour ce faire, on procédera à la lecture et à un débat autour de textes informatifs, d’extraits de textes de sociologues, d’anthropologues et de philosophes.

Samedi 22 janvier : Comment les nouvelles générations perçoivent-elles le monde qui leur est légué ?
Rencontre.
« Quel héritage des jeunes d’origines diverses estiment-ils avoir reçu de leurs parents et de la société ? À quel(s) collectif(s) ont-ils le sentiment d’appartenir ? Comment conçoivent-ils la politique ? Comment envisagent-ils l’avenir ? » Sans prétendre répondre complètement à ces questions, il nous a semblé important de demander directement à cinq jeunes d’horizons différents de répondre en toute liberté à ce questionnement. Avant tout débat, l’écoute et le décentrement sont nécessaires.

Samedi 19 mars : Parenté et généalogie – Quel apport de la psychanalyse ? Quelles représentations individuelles et collectives de la famille et de la parenté ? Quels bouleversements en cours ? 
Par Claude de la Genardière, psychanalyste, intervenante auprès des équipes soignantes en soins palliatifs.

Samedi 9 avril : Nouveaux troubles et nouvelles demandes sociales en psychiatrie
Quel rôle les psychologues et les psychiatres sont-ils amenés à prendre dans l’éducation des enfants et le fonctionnement familial ? Quels sont les nouveaux troubles dont souffrent les enfants et les adolescents ? En quoi ces troubles sont-ils significatifs des situations d’impasse, du mal-être existant dans les rapports familiaux et sociaux ? 
Par Michèle Brian, psychiatre dans un secteur de psychiatrie infanto-juvénile de la région parisienne.

Samedi 14 mai : Peut-on aujourd’hui parler d’un « fossé générationnel » en regard de l’histoire passée ?
Comment comprendre les difficultés actuelles de l’engagement ? Par quel cheminement historique est-on arrivé à cette situation ? Quel(s) engagement(s) possible(s) aujourd’hui ?
Débat introduit par Jean-Pierre Le Goff, sociologue.

REPERES BIBLIOGRAPHIQUES

  • La revue Le Débat publie une série d’articles sur l’enfance et l’adolescence dans son prochain numéro de novembre- décembre 2004.
  • Clotide BADAL, « Les preuves de l’existence de soi. La nouvelle croisade du sujet post-moderne », Études, juin 2003.
  • Jean-Paul KAUFMANN, « L’expression de soi », Le Débat, n° 119, mars-avril 2002.
  • Marcel GAUCHET, « Essai de psychologie contemporaine. I. Un nouvel âge de la personnalité », Le Débat, n° 99, mars-avril 1998.
  • Alain FINKIELKRAUT, « La crise de la transmission », entretien, Esprit, décembre 1996.
  • Gilles LIPOVETSKY, L’Ère du vide. Essai sur l’individualisme contemporain, Gallimard, 1983.

Famille /Filiation
-Livres

  • Claude DE LA GENARDIERE, Parentés à la renverse, PUF, 2003.
  • Irène THERY, Le démariage, Odile Jacob, poche, 2001.
  • Philippe DAGENAIS, La fin de la famille moderne, Presses universitaires de Rennes, 2000.
  • Claude DE LA GENARDIERE, Sept familles à abattre. Essai sur le jeu des sept familles, Seuil, 2000.
  • Louis ROUSSEL, La famille incertaine, Odile Jacob, 1998.
  • Irène THERY, Couple, filiation et parenté aujourd’hui, Odile Jacob, 1998.
  • Françoise HERITIER, L’exercice de la parenté, Seuil, 1981.
    -Articles
  • « Grand-mère dans tous ses états », revue La grande oreille, juillet 2004.
  • Pierre PEJU, « Les grandes personnes. Qu’est-ce qu’être adulte ? », Études, février 2003.
  • « Mariage, union et filiation », Le Banquet, numéro double spécial, revue du CERAP, n° 12 et 13, septembre-octobre 1998.
  • M. LACUB, « Mariage, union, filiation », Le Banquet, numéro double spécial, revue du CERAP, n° 12 et 13, septembre-octobre 1998.
  • Irène THERY, « Le contrat d’union civil en question » , Esprit,octobre 1997.
  • Catherine LABRUSSE-RIOU, « La filiation en mal d’institution », Esprit, décembre 1996.
  • Irène THERY, « L’homme désaffilié », Esprit, décembre 1996.
  • Irène THERY, « Différence des sexes et différence des générations. L’institution familiale en déshérence », Esprit, décembre 1996.
  • Paul YONNET, « Mères porteuses, père écarté », Le Débat, n° 36, septembre 1985.

Psychiatrie

  • Michèle BRIAN, « Psychiatrie, la fin d’une époque » , Le Débat, n° 127, novembre-décembre 2003.
  • Michèle BRIAN, « Sur l’expansion de la dépression. Comment se construit une maladie », Le Débat, n° 114, mars-avril 2001.
  • Michèle BRIAN, « La psychiatrie à la peine », Le Débat, n° 106, septembre-octobre 1999.

Jeunesse/Adolescence

  • Livres
  • Catherine PUGEAULT-CICCHELLI, Vincenzo CICCHELLI, Tariq RAGI, Ce que nous savons des jeunes, PUF, 2004.
  • Didier LAURU, La folie adolescente. Psychanalyse d’un âge en crise, Denoël, 2004.
  • Patrice HUERRE, Martine PAGAN-REYMOND, Jean-Michel REYMOND, L’adolescence n’existe pas, Odile Jacob, 1997 et 2003.
  • Olivier GALAND, Sociologie de la jeunesse, Armand Colin, 1997.
    -Articles
  • Clotilde BADAL-LEGUIL, « Adolescents dans l’œil du cyclone », Études, juin 2004.
  • Jacques ARENES, « Enfants et adolescents : la douleur du vide », Études, avril 2004.
  • Tony ANATRELLA, « Les adulescents », Études, juillet-août 2003.
  • « Quelle libération des enfants ? », dossier, Le Débat, n° 121, septembre-octobre 2002.
  • André BEJIN, « De l’adolescence à la post-adolescente : les années indécises », Le Débat, n° 25, mai 1983
  • Hervé LE BRAS, « L’interminable adolescence ou les ruses de la famille », Le Débat, n° 25, mai 1983.
  • Paul YONNET, « Rock, pop, punk. Masques et vertiges du peuple adolescent », n° 25 , mai 1983, repris dans Jeux, modes et masses, 1945-1985, Gallimard, 1985.

Générations

  • Livres- Jean-François SIRINELLI, Les Baby Boomers, Fayard, 2003.
  • Jean-Pierre LE GOFF, Mai 68 l’héritage impossible, La Découverte, édit. 2003.
  • Louis CHAUVEL, Le destin des générations, PUF 1998 et 2002.
  • Bernard PREEL, Le choc des générations, La Découverte, 2000.
  • Karl MANNHEIM, Le problème des générations, Nathan, 1999.
  • V. DROUIN, Enquêtes sur les générations et la politique, L’Harmattan, 1995.
  • François RICARD, La génération lyrique. Essai sur la vie et l’œuvre des premiers-nés du baby-boom, Boréal, 1992.
  • Margaret MEAD, Le Fossé des générations. Les nouvelles relations entre les générations dans les années soixante-dix, Denoël/Gonthier, 1971 et 1979.
  • Articles
  • Entretien avec Olivier GALLAND, « Il n’y a plus de génération », Autrement, « Travailler, premiers jours », collection mutations, n° 192, avril 2000.
  • Jean-Marie POURSIN, « État-providence : la rupture des générations », Le Débat, n° 83, janvier-février 1995.
  • Paul THIBAUD, « Génération algérienne ? », Esprit, mai 1990.
  • « Génération 80 », Esprit, février 1984.

Séminaire 2005-2006 : « Au-delà des préjugés politiques »

Capitalisme, libéralisme, nation, Mai 68

Le refus de la démagogie et des « prêts-à-penser » implique de respecter les faits, d’expliciter les notions globales que l’on emploie et d’argumenter. Tel n’est pas le cas aujourd’hui dans le débat politique. Les campagnes électorales quasi-permanentes, l’omniprésence des grands médias audiovisuels favorisent les phrases creuses et les clichés. Les mots et les idées se succèdent à un rythme soutenu qui ne laisse guère de temps à l’interlocuteur pour démêler le propos. Les anciens réflexes et schémas militants, consistant à coller des étiquettes et à diaboliser l’adversaire, sont loin d’avoir disparu. Une série de questions sur l’état actuel de la démocratie sont ainsi rendues confuses et incorrectes, chacun étant sommé à nouveau de choisir au plus vite son camp. Face à cette situation, la libre réflexion et une éthique de la discussion sont indispensables, si l’on entend comprendre le monde dans lequel nous vivons. 
Les notions de « capitalisme », de « libéralisme » (ou de « néo-libéralisme »), de « nation »… sont particulièrement concernées. Elles sont de plus en plus diabolisées, intégrées dans une logique de dénonciation par un courant critique de gauche qui fait obstacle à tout libre examen de leur signification. « Capitalisme » et « néo-libéralisme » deviennent de simples synonymes d’exploitation et de libre marché sans que l’on s’interroge sur leur lien avec le développement des temps modernes et de la démocratie, sans non plus que l’on considère l’élévation historique du niveau de vie et l’extension des libertés individuelles. D’un autre côté, la croyance selon laquelle le libre échange intégral est un mouvement irréversible sur laquelle la politique ne peut plus rien continue d’exercer une certaine fascination. Le dogme libre-échangiste qui vante les vertus supposées d’un marché autorégulateur et de la mondialisation économique apparaît comme l’inverse de celui de l’économie étatisée. L’idée de nation est quant à elle soit exaltée sur un mode passéiste et xénophobe, soit réduite au nationalisme guerrier, au chauvinisme voire au racisme. 
La référence globale à Mai 68 est enfermée dans ce même type de préjugés. Dans le rapport que la société entretient avec cet événement depuis plus de trente ans, l’oscillation est constante entre fascination et rejet. Cette référence continue de jouer un rôle de mythe premier chez les nostalgiques et une partie de la jeunesse adolescente, tandis que de l’autre côté la référence à Mai 68 sert d’explication simple et de bouc émissaire au mal-être social existant. Entre une position réactive et revancharde qui rêve de revenir en arrière et celle qui continue de mythifier l’événement, il est nécessaire d’opérer un recul réflexif et critique sur des années qui furent importantes dans la mutation que nous vivons. 
Il est encore difficile d’aborder ces notions et cet événement, tant ils font l’objet de préjugés, d’investissements émotionnels, de discours confus et moralisateurs. Le séminaire se propose d’interroger leur signification en toute liberté et avec rigueur, en dehors de toute forme de moralement et de politiquement correct.

PROGRAMME-SÉANCES

Samedi 10 décembre : « Qu’est-ce que le libéralisme ? » – Lectures de textes et débat.
Cette première séance vise à mieux connaître les textes fondateurs permettant de cerner cette notion, les questions et les enjeux qui s’y rattachent. Pour ce faire, on procédera à la lecture et à un débat autour de textes d’auteurs tels que Montesquieu, Adam Smith, Edmund Burke, Raymond Aron.

Samedi 21 janvier : « Le capitalisme est-il maîtrisable et réformable ? » 
par Jean-Luc Gréau, auteur de Le capitalisme malade de sa finance (1998) et de L’avenir du capitalisme (2005) parus aux éditions Gallimard, collection Le débat.

Jean-Luc Gréau

Samedi 25 février : « Faut-il avoir peur du libéralisme ? » par Philippe Raynaud, professeur de sciences politiques à l’Université Paris II, Institut Universitaire de France, auteur de Max Weber et les dilemmes de la raison moderne (2e ed.), PUF, collection « Quadrige », Paris 1996, Dictionnaire de la philosophie politique, avec Stéphane Rials, (3e ed), PUF, collection « Quadrige », Paris 2003.

Philippe Raynaud

Samedi 25 mars : « Quel lien entre démocratie et nation ? » 
par Pierre Manent, directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales, auteur notamment de Cours familier de philosophie politique, Fayard, 2001, Les libéraux, Gallimard, collection Tel, Paris, 2001.

Pierre Manent

Samedi 13 mai : « Mai 68, au-delà des mythes » par Marcel Gauchet, philosophe, auteur notamment de La démocratie contre elle-même, Gallimard, coll. Tel, 2002, « La matrice de Mai 68 » in La condition historique, éditions Stock, Paris, 2003, et Jean-Pierre Le Goff, sociologue, auteur notamment de Mai 68, l’héritage impossible, édit. La Découverte, 1998 et 2002, « Le basculement » in La démocratie post-totalitaire, La Découverte, 2003.

Marcel Gauchet (à droite) et Jean-Pierre Le Goff (à gauche)

À LIRE

  • Capitalisme : Jean-Luc GREAU, L’avenir du capitalisme, Gallimard, coll. Le débat, Paris, 2005. 
  • Libéralisme : Philippe RAYNAUD, « Libéralisme » in Dictionnaire de philosophie politique, sous la direction de Philippe Raynaud et Stéphane Rials, PUF, 1996 et 1998. 
  • Nation et démocratie : Pierre MANENT, « Les problèmes actuels de la démocratie », Commentaire, n° 98, été 2002.
  • Mai 68 : Marcel GAUCHET, « La matrice de Mai 68 » in La condition historique, éditions Stock, Paris, 2003.
  • Jean-Pierre LE GOFF, « Mai 68 n’appartient à personne », postface, Mai 68, l’héritage impossible, La Découverte Poche, Paris, 2002.

Une bibliographie détaillée (livres et revues) sur chacun de ces thèmes sera fournie aux participants lors du séminaire.

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