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Union européenne : comprendre ce qui s’est passé

Le Traité établissant une Constitution pour l’Europe a été refusé par le peuple français et il importe en premier lieu de comprendre ce qui s’est passé. Considérer que nous avons affaire, une fois encore, à un « grand refus » que les démagogues de l’extrême-droite et de l’extrême-gauche se sont empressés d’exploiter, n’est pas infondé, mais laisse en plan les causes profondes de ce refus. Une telle optique montre une incapacité récurrente, à droite comme à gauche, à comprendre en profondeur le désarroi de la société.
- Les citoyens ont été appelés à se prononcer sur un texte de 191 pages portant à la fois sur les objectifs et le fonctionnement institutionnel de l’Union, sur une Charte des droits fondamentaux, mais aussi sur des lois-cadres et une politique économique particulière, sans compter les protocoles et les annexes. Quel sens peut-il y avoir pour la grande masse des citoyens à donner son approbation à un tel texte informe et illisible ?
- Ce Traité s’insère dans une situation historique particulière marquée par l’érosion des repères qui donnent sens à l’action politique et le divorce de plus en plus prononcé entre gouvernants et gouvernés. Il franchit un pas de plus dans un montage institutionnel qui permet la dilution des responsabilités des gouvernements nationaux et le pouvoir des peuples. Son échec amène une question centrale à laquelle on ne peut échapper : « Comment en est-on arrivé à un tel gouffre entre gouvernants et gouvernés ? »
- Qu’on le veuille ou non, ce Traité n’est pas apparu suffisamment protecteur contre la concurrence mondiale. Avec les délocalisations, les salariés sont de fait mis en concurrence avec les salariés des pays socialement plus défavorisés et cela à l’intérieur même de l’Union. Face à ces réalités, les déclarations généreuses du Traité ont peu de poids. Comment l’Union européenne peut-elle se protéger efficacement vis-à-vis du libre-échangisme mondial et mieux réglementer son marché intérieur ?
- Enfin, ce Traité se réfère à de façon éthérée à des valeurs, en ne montrant pas en quoi elles sont le fruit d’une histoire qui distingue l’Europe des autres régions du monde, comme si l’Union européenne n’osait pas assumer son héritage culturel. Quelle conscience les peuples européens ont-ils de leur propre héritage qui les distinguent culturellement des autres peuples du monde ?
C’est autour de ces questions que Politique Autrement entend poursuivre sa réflexion.

Le bureau de Politique Autrement (juin 2005)

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