Où va l’école ? > 2 - Incivilités et violences
Le désarroi d’un prof

Voici les deux interpellations d’élèves, adressées à ma personne et que j’ai dû affronter en l’espace de huit petits jours bien ordinaires ; la preuve qu’il y aurait comme un « malaise » ou pour le moins un malentendu, dans la société, sur le sens de l’autorité qu’exerce le maître sur l’élève en cette fin de siècle.
Alors que j’interrogeais un élève sur la qualité de sa prise de notes, il m’a répondu sèchement et sans possible réponse de ma part : « Moi, je ne vous parle pas ! Vous, faites de même... Vous n’avez pas à me parler... » Un autre élève à qui je demandais de définir un mot qu’il articulait mal et qu’il utilisait mal, tandis qu’il venait d’interrompre brutalement mon cours, s’adressa alors à la classe d’un ton vigoureux en me désignant du regard : « De quoi il me parle, celui-là ? »
Je ne crois pas que mon désarroi présent soit le fruit d’une attitude réactionnaire ou d’un ressentiment quelconque. Est-ce que je viens de toucher le fond dans l’exercice de mon métier ? Jusqu’où peut-on aller sans se mésestimer ?
Je ne sais même pas si les psychiatres, les psychologues, les sociologues, les éducateurs, les pédagogues, les administrateurs, les gestionnaires et les experts en tous genres abondent en explications toutes plus plausibles les unes que les autres. Moi, qu’on me donne toutes les explications que l’on voudra, je ne comprends plus.

A. R. - Juin 1994


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