Repères
Cornelius CASTORIADIS - La prétendue « table rase »

« La société peut être engluée dans son passé, le répéter — croire qu’elle le répète— interminablement ; ainsi les sociétés archaïques ou la plupart des sociétés “traditionnelles”. Mais il y a un autre mode de l’hétéronomie, né sous nos yeux : la prétendue “table rase” — la perte par la société de sa mémoire vivante, au moment même où s’hypertrophie sa mémoire morte (musées, bibliothèques, monuments classés, banques de données, etc.), la perte d’un rapport substantif et non serf à son passé, à son histoire, à l’histoire — autant dire : sa perte à elle-même. Ce phénomène n’est qu’un aspect de la crise de la conscience historique de l’Occident, venant après un historicisme-progressisme poussé à l’absurde (sous la forme libérale ou sous la forme marxiste). Mémoire vivante du passé et projet d’un avenir valorisé disparaissent ensemble. […] Nous avons à opposer à la fausse modernité comme à la fausse subversion (qu’elles s’expriment dans les supermarchés ou dans les discours de certains gauchistes égarés) une reprise et une re-création de notre historicité, de notre mode d’historisation. »
Cornelius CASTORIADIS, Fenêtre sur le chaos, Seuil, 2007, p. 36-37.


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